Anecdotes

De l’ « opus francigenum » à l’art gothique.

Le gothique est dans l’imaginaire collectif le style par excellence de l’architecture médiévale en Europe. La quête de hauteur et d’épuration de la matière au profit de l’ouverture via les fenêtres et leurs vitraux polychromes participent aujourd’hui de sa renommée et de son prestige auprès du public comme des amateurs du genre.

Cependant, le terme de « gothique » par lequel on le désigne actuellement est largement postérieur aux premiers grands chefs-d’œuvre de ce style architectural. A l’origine, l’art gothique était désigné par certains de ses contemporains sous le terme d’opus francigenum, signifiant littéralement « art français » ou « mise en œuvre française ». Cette appellation latine faisait directement référence aux origines de ce dernier ; le style architectural apparaît en effet au XIIe siècle avec la nouvelle église abbatiale de Saint-Denis rénovée par l’abbé Suger durant les décennies 1130-40. La cathédrale de Sens, achevée en 1135, fait également figure de précurseuse en la matière, notamment au niveau des voûtes sexpartites de sa nef principale qui proposent une nouvelle conception structurelle de l’édifice religieux.

Mais d’où vient alors ce terme de « gothique » tant attaché à ce style d’architecture médiévale ? Bien que son premier emploi soit sujet à débat, il se popularise au tournant du XVe-XVIe siècle dans les milieux de l’art italien. L’illustre critique d’art Giorgio Vasari (1511-1574), dans Vie des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1550), surnomme « gotico » l’ensemble des ouvrages édifiés en Europe centrale et occidentale durant la période située entre l’Antiquité et la Renaissance. Extrêmement péjoratif, ce mot renvoie au peuple germanique des Goths dont les Français sont assimilés par les habitants de la péninsule italique. Dans son ouvrage, Vasari témoigne de la profonde aversion qu’il porte envers ce style qu’il n’hésite pas à qualifier de barbare et primitif, a contrario du style renaissant en plein développement en Italie qui puise ses références dans la noble et éclairée architecture antique.

Aujourd’hui, les intentions négatives dissimulées derrière le terme de « gothique » ont totalement disparues, notamment grâce à la reconsidération de cette architecture à partir du XVIIe siècle de la part des architectes et artistes de la mouvance du baroque gothique (ex : Borromini) puis au XIXe siècle par les politiques nationalistes françaises qui voyaient dans cette architecture l’apogée artistique du pays.

Pour aller plus loin :

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