Ce jour là

27 juin 1905 : La mutinerie du Potemkine.

En 1925, le réalisateur russe Sergueï Eisenstein dévoile au grand public Le cuirassé Potemkine. Commandé par le régime soviétique, ce film muet aux techniques novatrices retrace l’un des événements les plus marquants de la Russie du début du XXe siècle : la mutinerie de l’équipage du cuirassé Potemkine.

Il y a 116 ans exactement, le 27 juin 1905, l’Empire russe fait face à la révolte de l’équipage du navire le plus puissant de sa flotte, le Potemkine, baptisé ainsi en hommage au héros de guerre Grigori Aleksandrovitch Potemkine (1739-1791). Cette année-là, la Russie connait de nombreux troubles politiques qui fragilisent la légitimité du Tsar Nicolas II ; les revendications sociales des travailleurs et paysans menant à une grève générale d’ampleur nationale ainsi que les défaites successives contre le Japon [1] portant à mal le prestige du tsar. Les premières sont sévèrement réprimées par le pouvoir lors de la journée dite du « Dimanche rouge » (9 janvier 1905) : alors que des manifestants souhaitaient faire part de leurs revendications à Nicolas II, l’armée impériale tire dans la foule sur la place du Palais d’Hiver, faisant entre 150 et 1000 morts. Quant aux secondes, l’échec de la guerre navale contre le Japon mène à la progressive lassitude des marins qui, pour certains, ne tardent pas à se soulever contre leur hiérarchie.

C’est dans ce contexte extrêmement instable que survient l’épisode de la mutinerie du Potemkine. Alors en service dans la mer Noire, le navire connaît comme beaucoup d’autres le mécontentement de son équipage. Depuis la sanglante répression du « Dimanche rouge » et la défaite inattendue de la flotte russe à Tsushima (27 mai 1905), les officiers de marine ont grand mal à faire respecter leur autorité auprès d’hommes pour beaucoup inexpérimentés à la vie militaire (les défaites contre le Japon oblige le pouvoir à mobiliser un grand nombre de civils, dont des paysans et des ouvriers). La goutte d’eau arrive lorsque l’équipage se voit servir de la viande avariée par le commandement ; pour les quelques militants révolutionnaires à bord, dont Afanassi Matouchenko, c’en est trop. Ces derniers décident de prendre les armes contre leurs officiers, entraînant le reste des marins dans un déchainement de violence qui fait plusieurs dizaines de victimes.

Le 27 juin 1905, les mutins prennent le contrôle du navire. Ils élisent un « comité du peuple » avec Matouchencko à sa présidence. Étant au fait des révoltes populaires qui se trament un peu partout dans le pays, les marins du Potemkine décident de se rendre vers Odessa, alors en état quasi-insurrectionnel contre les autorités impériales. Le lendemain, ils arrivent à destination, bien décidés à trouver du soutien auprès de la population insurgée. Mais la révolution souhaitée ne se déroule pas comme prévue ; Kokhanov, gouverneur de la ville, envoie les troupes cosaques mater la populace rebelle qui ne tarde pas à plier face à leur violence. Pis encore, les mutins du Potemkine ne leur viennent pas en aide, ces derniers espérant avant que d’autres navires rejoignent leur cause. Face à l’échec de l’insurrection d’Odessa, le Potemkine est contraint de reprendre le large, non sans croiser quelques torpilleurs impériaux. Ils vont trouver asile à Constantza, en Roumanie. Les marins sont contraints de se rendre aux autorités, avant que ces dernières ne rendent le cuirassé aux Russes.

La mutinerie du Potemkine, événement parmi d’autres dans la grande crise que traverse l’Empire de Russie en 1905, prend une dimension totalement inédite 20 ans plus tard avec la sortie du film d’Eisenstein. Œuvre moderne et d’une grande créativité, Le cuirassé Potemkine est avant tout une œuvre de propagande du régime soviétique, qui présente les mutins comme les premiers héros de la cause socialiste et les martyrs du tsarisme.

Notes :

[1] (8 février 1904-5 septembre 1905) Guerre qui oppose durant plus d’un an et demi les Empires de Russie et du Japon pour le contrôle de la Mandchourie. Le conflit se solde par la victoire des Japonais, qui prennent possession de la partie sud de la Mandchourie et de la moitié de l’île de Sakhaline.

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